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Le tapis de Rabat

Six mille métiers en activité, et quatre qualités officielles qu'il faut savoir lire

Le tapis de Rabat
Fonds photographique de Rabat — voir la galerie

Pourquoi Rabat

Rabat est la capitale du tapis marocain, et l’a toujours été. Sa réputation vaut celle des tapis d’Orient, au point que la bourgeoisie marocaine, même quand elle se détourne du reste de l’artisanat, reste attachée à ses tapis de Rabat.

Environ six mille métiers à tisser sont en activité dans l’agglomération Rabat-Salé, répartis entre les coopératives et les particuliers.

Comment il est fait

Le tapis de Rabat est tissé par des femmes, au point noué, sur des métiers de haute lisse. Pour une grande pièce, deux ou trois ouvrières travaillent sur le même métier, avec devant elles un modèle dessiné sur papier quadrillé — souvent superflu, car beaucoup connaissent les motifs par cœur.

Les laines viennent du Maroc, de France et d’Australie ; les coopératives en font un mélange. On travaille avec des brins de deux ou trois fils retordus, selon l’épaisseur recherchée. Les laines non teintes ont un blanc chaud, presque crème, très recherché.

Les quatre qualités — ce qu’il faut vérifier

C’est le seul critère objectif, et il se compte. Plus le nouage est serré, plus le tapis est résistant, fin de dessin, et cher.

Qualité Notation Nœuds au m²
Extra-supérieure 40/40 160 000
Supérieure 30/30 90 000
Moyenne 25/25 62 000
Courante 20/20 40 000

La notation se lit simplement : 40/40 signifie quarante nœuds sur dix centimètres, dans chaque sens. Retournez le tapis et comptez sur la trame — un vendeur sérieux vous laissera faire, et une pièce classée en coopérative porte un label de garantie.

Les formats

Le tapis de Rabat est traditionnellement de dimension moyenne. Mais on en tisse aussi de très grands — jusqu’à dix mètres de long sur sept ou huit de large. Ce sont des pièces rares, de véritables parterres fleuris en laine, qui demandent des mois de travail à plusieurs.

Où voir et acheter

La rue des Consuls, dans la médina, reste le meilleur endroit. Elle porte ce nom parce qu’elle abritait, jusqu’en 1912, les représentants des puissances étrangères. Elle est si étroite qu’une voiture y passe à peine, et bordée d’ateliers autant que de boutiques.

Le vrai conseil : prenez les passages perpendiculaires. Ils débouchent sur de petites places spécialisées — le cuir ici, la ferronnerie là — de véritables marchés dans le marché, où les artisans travaillent selon les méthodes traditionnelles. C’est là qu’on rencontre l’artisan plutôt que le marchand.

L’origine, et la cigogne

Une légende de Rabat veut qu’une cigogne ait un jour laissé tomber dans un patio de la ville un fragment de tapis d’Orient, qui aurait servi de modèle initial. Elle dit sans doute quelque chose de vrai sur les influences orientales du répertoire — mais les motifs en losange et les médaillons centraux du tapis de Rabat sont, eux, bien d’ici.

Le tapis de Rabat dans le fonds — 1875–1940 Voir la galerie →