Étudier à Rabat
Un lycée de 1916, une grande école de 1961, et cent mille étudiants
Une capitale universitaire
Rabat concentre une part considérable de l’enseignement supérieur marocain : l’université Mohammed V, la plus ancienne université moderne du pays, et une constellation de grandes écoles — ingénieurs, statistique, administration, architecture, journalisme. C’est aussi ce qui explique la physionomie du quartier d’Agdal et le tracé de la ligne 1 du tramway, qui file vers le campus d’Al Irfane.
Deux établissements racontent particulièrement bien cette histoire.
Le lycée Moulay Youssef, ou le collège musulman de 1916
Un établissement né d’une politique
Le collège musulman de Rabat est créé par le Dahir du 17 février 1916 — en même temps que celui de Fès — alors qu’il avait déjà ouvert ses portes le 1er février. Il remplace l’école « indigène » installée en pleine médina, impasse El Mamoun : quarante élèves, trois classes, deux instituteurs français, un moniteur et un maître de Coran.
L’enseignement destiné aux Marocains passait alors par deux types d’établissements : les écoles des fils de notables et les collèges musulmans. Les archives de l’administration coloniale sont d’une franchise désarmante sur leurs intentions. Il s’agissait de contrôler l’accès à l’instruction « de façon à éviter les candidatures trop nombreuses, qui pourraient amener la formation des déclassés », et de donner « à l’élite de la jeunesse marocaine des foyers de culture musulmane et de sympathie française ».
Autrement dit : former une élite, mais pas trop, et acquise.
Les premières années
Les cours commencent le 7 février 1916. Aux quarante élèves s’en ajoutent trente-cinq, âgés de huit à vingt ans. La question de l’internat se pose immédiatement : malgré les réticences des familles à voir leurs fils dormir ailleurs que sous le toit familial, une maison de l’administration des Habous accueille les quinze premiers pensionnaires.
L’année 1916-1917 se fait avec quatre-vingt-dix élèves, le niveau le plus élevé étant la deuxième année secondaire — seize élèves. Aucun programme officiel n’existant encore, on avance à tâtons jusqu’à l’arrêté viziriel du 17 mai 1919, qui institue enfin les examens.
Entre-temps, les pédagogues coloniaux ayant estimé « que le français n’avait pas la part qui revenait à un vainqueur », ils en augmentent les heures et les matières — en prétextant une demande des élèves.
L’installation actuelle
Les effectifs croissant, l’exiguïté des locaux devient critique. Le sultan fait alors don d’un vaste terrain attenant à la pépinière du palais, une partie de son Aguedal, dans le quartier des Touargua. C’est là que le lycée se trouve toujours.
Il a formé une part notable des cadres marocains du XXe siècle.
L’INSEA, l’école des chiffres
L’Institut national de statistique et d’économie appliquée est créé en 1961 sous le nom de « Centre de formation des ingénieurs des travaux de la statistique ». Il prend son nom actuel en 1967, par le décret royal n° 532-67, texte modifié et complété notamment par le décret n° 2-99-804 du 13 janvier 2000.
Il forme des ingénieurs d’État dans six domaines :
- Statistique
- Économie appliquée
- Actuariat et finance
- Informatique
- Démographie
- Recherche opérationnelle
Ses diplômés servent dans les administrations, les organismes publics et semi-publics, et le secteur privé. L’institut accueille également des étudiants étrangers, principalement d’Afrique francophone — ce qui en fait l’une des écoles les plus continentales du royaume.
Depuis la réforme de 1995, l’admission se fait sur concours : en première année pour les étudiants issus des classes préparatoires ou titulaires du CUES-MP, en deuxième année pour les titulaires d’une licence scientifique ou d’un diplôme d’ingénieur d’application. Le cursus dure trois ou deux ans selon la voie.
Pourquoi ça compte pour un visiteur
Parce que cela explique la ville. Une population étudiante nombreuse, ce sont les cafés d’Agdal, les librairies de l’avenue Mohammed V, le rythme de la rentrée en septembre — et une part de ce qui a valu à Rabat d’être désignée Capitale mondiale du livre 2026.