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toutRabat La capitale, porte par porte

L'histoire de Rabat

Une ville fondée deux fois, et qui n'a rempli ses murs qu'au XXe siècle

L'histoire de Rabat
Fonds photographique de Rabat — voir la galerie

Un camp de guerre au bord de l’Atlantique

À l’embouchure du Bouregreg, une falaise tombe à pic, à plus de trente mètres au-dessus de la mer, et commande l’entrée du fleuve. C’est cette position que choisit Abd al-Mu’min, fondateur de la dynastie almohade, pour y bâtir en 1150 un ribat : un camp à la fois militaire et religieux, où l’on rassemblait les combattants avant de passer en Espagne.

Il l’appelle Ribat al-Fath, le camp de la Victoire. Le nom de Rabat en vient directement. Ce noyau initial correspond pour l’essentiel à l’actuelle kasbah des Oudayas.

La ville s’installe juste au nord d’une ville romaine abandonnée, Sala Colonia — le Chellah d’aujourd’hui. Rabat naît donc adossée à des ruines de mille ans.

La cité qui n’a jamais été remplie

Son petit-fils Yacoub el-Mansour hérite d’un empire qui va de la Castille à Tripoli. Il conçoit ici une capitale à sa mesure : plus de quatre cents hectares enclos de murailles percées de portes monumentales, et une mosquée gigantesque — Hassan — qui aurait été l’un des plus grands sanctuaires du monde musulman.

Il meurt en 1199. Le chantier s’arrête. Les murailles restent, les portes restent, le minaret reste à mi-hauteur — mais la population qui devait remplir cette enceinte n’arrivera jamais. Pendant des siècles, Rabat sera une grande ville presque vide, un plan trop ambitieux pour ceux qui l’habitent.

Les Andalous et la course

Tout change au XVIIe siècle. Les musulmans chassés d’Andalousie s’installent dans la kasbah et dans une centaine d’hectares qu’ils délimitent d’une nouvelle muraille — la médina actuelle, tracée au cordeau, si différente des dédales de Fès ou de Marrakech.

Ils apportent le commerce, l’artisanat, et la course : la piraterie d’État. La république corsaire du Bouregreg fait de Salé et de Rabat une puissance maritime redoutée sur toutes les côtes d’Europe. C’est l’époque la plus prospère de la ville.

Puis vient le déclin, tout au long des XVIIIe et XIXe siècles.

1912 : la capitale

En 1912, Rabat n’est plus qu’une ville de vingt-cinq mille habitants. C’est pourtant elle que Lyautey choisit comme capitale politique et administrative du protectorat français — de préférence à Fès, trop remuante, et à Marrakech, trop loin de la mer.

La décision est décisive. Lyautey fait construire la Ville Nouvelle à côté de la médina et non à sa place, un principe alors pionnier en urbanisme, qui explique que Rabat ait conservé son tissu ancien intact là où d’autres villes coloniales l’ont éventré. C’est en grande partie ce choix qui vaudra à la ville son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012.

Rabat est restée capitale après l’indépendance en 1956. L’enceinte almohade a fini par se remplir — huit siècles après Yacoub el-Mansour.

L'histoire de Rabat dans le fonds — 1875–1940 Voir la galerie →