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Au cours des années 1970, la diffusion des séries américaines en France se réduisait aux westerns, aux séries policières et à quelques comédies sans profondeur. Volontairement ou non, la télévision d’Etat évitait soigneusement de diffuser les fictions – médicales ou judiciaires, en particulier – les plus engagées et les plus critiques. Au cours des années 1980, l’éclatement de l’audiovisuel français permit de voir de nombreuses séries auparavant inédites. Malgré cela, jusqu’au début des années 2000, les séries américaines avaient la réputation d’être vulgaires, sans imagination et « politiquement correctes ».
Grâce en particulier à une chaîne câblée pionnière comme Canal Jimmy, qui, la première, diffusa « New York Police Blues », « Six Feet Under » et « Les Soprano », le spectateur attentif et dénué de préjugés avait pourtant pu constater que, loin de se réduire au seul « divertissement », les séries – des plus réalistes aux plus débridées – abordaient tous les genres et n’évitaient pas les sujets controversés. Aujourd’hui, quelques productions promues à outrance par les diffuseurs privés (« 24 heures chrono », « Lost », « Desperate Housewives ») apparaissent en premières pages des magazines. Mais ces baobabs masquent la forêt : on peut actuellement voir en France des œuvres magistrales imprégnées de critique sociale et d’engagement politique. Souvent passées sous silence par la presse (ni Télérama ni Le Monde n’en parlent), elles sont pourtant les plus passionnantes. Quelques exemples pour l’amateur débutant.
Les séries médicales américaines ont toujours pris le parti des patients contre le pouvoir médical. Il aura fallu attendre la fin des années 1980 pour qu’elles arrivent sur les écrans français. Cet ostracisme était-il dû à la crainte du conseil de l’ordre français qu’elles ne donnent au public une « idée fausse de la médecine » ? Il serait périlleux de l’affirmer, mais force est de constater qu’une œuvre comme « Urgences » a un impact puissant sur le public français, tant par sa description précise du travail des urgentistes (M. Patrick Pelloux lui-même (1) en a témoigné !) que par les questions d’éthique qu’elle soulève – acharnement thérapeutique et suicide assisté, consentement éclairé et expérimentation forcée. Deux séries médicales remarquables sont apparues tout récemment sur les petits écrans et mériteraient de toucher un large public : « Dr House » (TF6) met en scène, à l’opposé de tous les portraits idylliques, un médecin misanthrope pris entre son horreur du mensonge et les errements éthiques d’une médecine qui se croit toute-puissante. « A cœur ouvert » (TF1) montre que l’apprentissage du soin (ici, au sein d’une équipe d’étudiants en chirurgie) est un maelström de confusion – des sentiments et des rôles – et que l’hypertechnicité des praticiens ne les empêche pas, parfois, de perdre tout sens commun.
Dans la lignée de leurs aînés du cinéma progressiste d’avant-guerre, nombre de scénaristes de télévision examinent la place de l’individu dans la société, pour décrire les difficultés des simples citoyens face à la loi ou à l’Etat. Le juriste et scénariste Reginald Rose est surtout connu en France pour sa pièce Douze Hommes en colère, qui inspira en 1957 un film engagé à Sidney Lumet, avec Henry Fonda. Mais on ignore que, entre 1961 et 1965, Rose aborda à la télévision, chaque semaine, des sujets aussi épineux que la peine de mort, l’avortement ou l’euthanasie dans sa série sur les avocats, « The Defenders » (« Les défenseurs », inédite en France). Dès lors, la télévision américaine n’a cessé de produire des séries judiciaires toujours plus critiques. Depuis 1986, un immense scénariste, David E. Kelley, avocat de formation, observe avec acuité la loi et les mœurs américaines dans une kyrielle de séries consacrées tantôt à des avocats, tantôt à des médecins, tantôt à des enseignants, et toutes imprégnées de critique sociale et politique : « La loi de Los Angeles », « La ville du grand secret », « Chicago Hope » et, plus récemment, « Ally McBeal » (M6), « The Practice » (Canal Jimmy), « Boston Public » (France 2) et « Boston Justice » (TF1). Dans un style très personnel mêlant habilement tragédie, mélodrame et comédie musicale, Kelley aborde de front les questions sociales, juridiques et éthiques les plus controversées, du clonage à la censure, en passant par les mères porteuses et la polygamie, sans oublier l’influence permanente de l’Eglise sur l’Etat et l’individu.
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